La supervision


Voici un extrait de ce qu'est la supervision selon Michel Moral

Pour le coach, la supervision est une nécessité absolue, soulignée par tous les codes de déontologie des associations professionnelles. L’enjeu n’est pas seulement de « coacher le coach », comme il est parfois indiqué dans certains ouvrages. Il s’agit d’aider celui-ci à surmonter les obstacles qu’il rencontre, personnels ou professionnels. Il doit s’y ajouter une dimension didactique, une dimension déontologique, et éventuellement une dimension éthique. La supervision comporte donc différents aspects, que nous aborderons successivement.

Identifier l’obstacle. Le coach peut rencontrer une difficulté dans l’exercice de son activité, ou avec l’un de ses clients en particulier. En général, la pensée, les émotions ou les mouvements affectifs sont bloqués, ce qui suspend la relation d’accompagnement et empêche le changement du coaché d’intervenir. L’objet de la supervision est alors d’identifier l’obstacle, de le détruire ou de le contourner.


Exemples

  • Julien a du mal à supporter ce jeune cadre arrogant à qui tout réussit. Ayant lui-même échoué dans une entreprise, il étouffe d’envie et son désir secret est que son client morde la poussière.

  • Marie éprouve une grande jubilation à être devenue la référence de son client qui la consulte pour un oui ou pour un non. Elle se rend compte que cette relation est contraire à la déontologie, mais ne sait comment la faire cesser.

  • Auguste ne sait plus quoi faire avec son client qui le manipule et l’instrumentalise. Il comprend que quelque chose doit changer mais il est fasciné, comme par un serpent.

  • Mélanie est tombée sur une personne qui, en fin de compte, n’a envie de rien. Le coaching avait été prescrit par la DRH qui voyait là une dernière chance pour cet employé.

  • Anne vit un conflit de loyauté entre un coaché et un prescripteur qui lui font chacun confiance, mais qui ont des objectifs inconciliables.

Un exemple : le processus parallèle

Selon la référence théorique du superviseur, il s’agit alors de comprendre les phénomènes transférentiels (psychanalyse, théories humanistes), ou d’analyser les « patterns » ou le style relationnel (systémie, cognitivisme) qui bloquent la progression du processus. Cette analyse peut se faire de professionnel à professionnel, en co-construction, sur la base d’un savoir partagé entre le coach et le superviseur. Idéalement celui-ci doit aussi maîtriser les mécanismes interpersonnels liés à la différence culturelle.

Maîtriser les techniques. La supervision peut également concerner l’analyse des pratiques, et faire émerger les difficultés techniques rencontrées par le coach. L’analyse des situations doit conduire à leur compréhension, et non à une interrogation sur les limites de la pratique professionnelle : comme il est toujours bon d’apprendre des erreurs commises, la supervision a un prolongement didactique, et le superviseur peut juger judicieux de faire le point sur les concepts et sur les méthodes. Le superviseur se trouve alors placé en situation de sage qui doit délivrer une sorte d’oracle. Mais si la position de tiers lui permet effectivement de jeter un regard neutre sur les aspects formels du processus, il ne faut pas oublier que les méthodes ne remplacent en rien la personne du coach qui demeure le principal moteur du processus.

Développer l’identité de coach. La supervision en arrive dans certains cas à prendre la forme d’un véritable coaching visant, par exemple, à développer chez le coach la confiance en soi. Le superviseur se trouve alors en position de coach de coach. Cependant, le travail sur soi auprès d’un thérapeute est aussi supposé permettre de développer cette qualité ; la question de la frontière entre travail personnel et supervision reste ouverte, bien qu’idéalement il vaille mieux séparer les deux.

Questionner la déontologie et l’éthique. Ces deux notions sont souvent confondues en raison d’une formation insuffisante. Selon le Conseil canadien d’agrément des services de Santé, l’éthique est composée de normes de conduite moralement acceptables que le rapport Belmont de 1978 précise : consentement éclairé des personnes, accès au savoir de l’intervenant, respect. Autrement dit, il s’agit de reconnaître l’autonomie des personnes et de protéger ceux qui, compte tenu de leur personnalité ou leur situation, ne peuvent être autonomes. La déontologie, quant à elle, est l’ensemble des règles régissant l’exercice du métier.

Les psychologues, qui suivent une unité d’enseignement (25 heures de cours plus un examen) sur la déontologie en DESS ou sur l’éthique en DEA, ont une compréhension active de leurs responsabilités. Dans le cas du coach, c’est le superviseur qui tient lieu de garde-fou.

Le cadre de la supervision
La supervision peut se faire sous une forme individuelle ou groupale. Bien entendu, pour qu’il y ait supervision il faut un superviseur, c’est-à-dire un regard extérieur neutre. Il est abusif de croire que l’on peut se superviser mutuellement entre pairs, surtout en groupe, d’autant plus si ce groupe comporte un plus grand nombre de participants. Un groupe est en effet très dominateur et normatif et peut devenir un dictateur impitoyable. Ce travail entre pairs (groupes de pairs) est toutefois très utile pour comparer les pratiques, les expériences et partager les problèmes.